Les trois petits cochons


Conte anglais du XVIIIe siècle, publié dans "Nursery Rhymes and Nursery Tales"


Il était une fois trois petits cochons qui s'en allèrent de par le monde pour faire fortune.

Le premier petit cochon rencontra un paysan qui portait une grosse botte de paille sur son dos.

- S'il vous plaît, Monsieur, donnez-moi un peu de votre paille pour que je puisse me construire une petite maison.

L'homme accepta et le petit cochon se construisit une jolie maisonnette toute en paille.

Quelques jours plus tard, il entendit des coups frappés à la porte. C'était le loup.

- Petit cochon, laisse-moi vite entrer, criait-il.
- Jamais de la vie ! Par ma queue en tire-bouchon ! répondit le petit cochon.
- Attends un peu ! Je vais souffler de toutes mes forces. Et ta maison de paille va s'envoler dans les airs !» Le loup souffla si fort que la maison de paille fut projetée très haut dans le ciel.

Puis le loup se jeta sur le petit cochon et le dévora.

Le deuxième petit cochon rencontra un homme qui portait sur son dos un fagot de joncs.

- S'il vous plaît, monsieur, donnez-moi quelques joncs pour que je puisse me construire une petite maison.

L'homme accepta et le petit cochon se construisit une jolie maisonnette toute en joncs. Quelques jours plus tard, le loup arrive et crie :

- Petit cochon, laisse-moi vite entrer !

Le petit cochon cria encore plus fort que le loup : 

- Jamais de la vie ! Par ma queue en tire-bouchon !
- Attends un peu ! Je vais souffler si fort que ta maison va s'envoler dans les airs !

Et le loup souffla si fort que la maison de joncs fut projetée très haut dans le ciel. Puis le loup se jeta sur le deuxième petit cochon et le dévora.

Le troisième petit cochon rencontra un homme qui poussait une brouette remplie de briques rouges.

- S'il vous plaît, monsieur, donnez-moi quelques-unes de vos briques pour que je puisse me construire une petite maison.

L'homme accepta et notre troisième petit cochon se construisit une jolie maison toute en briques rouges. Le loup arriva à toute vitesse :

- Petit cochon, laisse-moi entrer ! cria-t-il.
- Jamais de la vie ! par ma queue en tire-bouchon !
- Attends un peu ! Je vais souffler si fort que ta maison va s'envoler dans les airs!

Et le loup siffla de toutes ses forces. Mais la maison de briques rouges ne bougea pas d'un pouce.

Le loup, surpris et furieux à la fois, chercha une ruse.

«Bientôt ce cochon finira dans mon ventre», pensa-t-il.

- Petit cochon, dit-il doucement, je connais un superbe champ de navets. Voudrais-tu que je te dise où il est ?
- Oh ! oui ! Dis-le moi, s'il te plaît !
- Ce champ est tout à côté de la maison du menuisier.
- Si tu te lèves tôt demain matin, nous pourrons aller ensemble chercher une grosse botte de navets pour notre déjeuner. Qu'en penses-tu ?
- L'idée est excellente. A quelle heure viendras-tu me chercher ? demanda le petit cochon.
- A six heures du matin, si cela te va, répondit le loup.

Mais le lendemain matin, le petit cochon se leva à cinq heures du matin. Il alla tout seul dans le champ dont lui avait parlé le loup. Il se remplit un plein panier de navets et rentra chez lui, tout joyeux.

A six heures précises, le loup arriva devant la maison du petit cochon. «

- Tu es prêt ? dit-il.
- Plus que prêt, répond notre petit cochon. J'ai même eu le temps d'aller chercher des navets pour mon déjeuner !

Le loup était furieux, mais il ne le montra pas. Il dit simplement d'un ton aimable :

- Petit cochon, je connais un endroit où il y a un pommier couvert de pommes.
- S'il te plaît, dis-moi où il est !
- Tout au fond du jardin du boulanger. Si tu te lèves demain matin à cinq heures, nous pourrons y aller ensemble.

Mais le lendemain matin, le petit cochon sauta de son lit avant même que quatre heures aient sonné. Il alla vite au fond du jardin du boulanger. Mais il n'avait pas pensé que la route était plus longue et qu'il devait grimper en haut du pommier. Il était à peine arrivé au sommet de l'arbre qu'il aperçut le loup.

- Eh bien, petit cochon, je vois que tu ne m'as pas attendu pour goûter les pommes. J'espère qu'elles sont bonnes, au moins !
- Délicieuses ! répondit le petit cochon.
- Tiens ! En voilà une belle que j'ai cueillie tout exprès pour toi !

Et il la lui lança le plus loin possible. Le loup courut pour l'attraper. Pendant qu'il la cherchait dans l'herbe, le petit cochon eut le temps de descendre de l'arbre et de rentrer à toute vitesse dans sa petite maison.

Le loup ne se découragea pas et dès le lendemain, il alla trouver le petit cochon.

- Je vais à la foire cet après-midi. Voudrais-tu m'y accompagner ? demanda-t-il.
- Avec plaisir ! A quelle heure viendras-tu me chercher ?

-A trois heures précises, répondit le loup.

Le petit cochon partit tout seul à la foire, en ayant pris une bonne avance. Il acheta un tonneau de bois et rentra chez lui.

Au milieu de la route, il vit le loup qui venait à sa rencontre.

Que faire ? Il n'y avait qu'une solution : se cacher dans le tonneau !

Mais pendant qu'il se glissait dedans, le tonneau se mit à rouler le long de la pente, droit sur le loup. Le loup prit ses jambes à son cou en hurlant de peur. Et il oublia complètement d'aller à la foire.

Le lendemain, à travers la porte, le loup raconta au petit cochon la peur affreuse qu'il avait eue : un tonneau avait roulé droit sur lui.

Un peu plus, et il était tué sur-le-champ !

- Tu ne devineras jamais qui était dans le tonneau, dit le petit cochon en riant aux éclats. Je sui allé tout seul à la foire, j'ai acheté un tonneau et quand je t'ai vu, je me suis caché dedans. Et puis je l'ai fait rouler dans ta direction !

C'en était trop pour le loup. Il fallait en finir avec ce maudit cochon.

- Attends un peu ! marmonne-t-il. Je vais me glisser par la cheminée et je vais dévorer ce cochon tout cru.

Mais le petit cochon l'entendit qui marchait sur le toit de la maison.

Il prit une énorme marmite pleine d'eau bouillante et la plaça dans l'âtre. Au moment précis où le loup arrivait par la cheminée, il souleva le couvercle de la marmite.

Le loup y tomba, la tête la première.

Aussitôt le petit cochon reposa le couvercle sur la marmite.

Quand le loup fut bouilli à point, le petit cochon en fit son dîner. Et depuis ce jour, il vit tranquille dans sa petite maison de briques rouges